Une victoire contre le FN a été remportée mais pas la guerre

Victoire ou non-défaite ? Quoiqu'il en soit le FN ne dirigera aucune Région. Et la hausse record de la participation au second tour (1er tour : 47,91%, 2nd : 53,36%) est réconfortante dans le sens où elle indique qu’une majorité de FrançaiSEs considèrent toujours que le FN n’est pas un parti démocratique. L’appel national a un front républicain a fonctionné, localement et nationalement, mais ne s’attaque pas à la racine du mal. Cette politique d’évitement ne peut fonctionner au long court, les politiques doivent se remettre en question et proposer de vrais projets de société et non jouer avec les peurs, essayer coûte que coûte de récupérer l’électorat du FN.

Mais ce n’est pas qu’aux Politiques de se remettre en cause. C’est aussi à nous touTes de se (re) mobiliser, d’intensifier nos efforts afin faire reculer l’extrême-droite et ses idées (voire propositions en fin de communiqué).

Avant toute analyse, revenons sur le contexte de ces élections, particulier à bien des égards :

  • Nous étions appelés à voter pour de nouvelles régions, aux contours contestés par beaucoup ; régions qui n’ont pas encore d’existence juridique de surcroît

  • Le mode de scrutin était à la proportionnelle avec prime majoritaire et non proportionnelle complète comme aux régionales précédentes.

  • La période choisie, juste avant les fêtes de fin d’année, était aussi inédite et peu propice à la mobilisation

  • L’actualité, le climat de peur lié aux récents attentats et à l’instauration d’un état d’urgence, pouvait rebattre les cartes tant en termes de participation que d’orientation des voix. (Il est d’ailleurs encore difficile de jauger de l’influence de ces événements sur le vote des FrançaiSes).

  • Les campagne des élections locales prennent souvent des accents nationaux. Mais l’épisode de l’entre-deux tour avec les pontes du PS qui demandent à Jean-Pierre Masseret de se retirer, a complètement relégué à la cave les programmes pour la Région, le Grand Est est devenu un enjeu national sur fond de psychodrame

  • En choisissant de placer en tête de liste Florian Philippot, cette élection avait valeur de test pour le FN . Bras droit de Marine Le Pen, il a introduit un courant souverainiste au sein du FN. (Les résultats des régionales auront probablement des conséquences dans l’organisation du parti).

 

Une élection inédite, mais un résultat devenu classique : le FN poursuit sa progression

Le FN bat un nouveau record sur le plan national, que ce soit en pourcentage ou en voix, dépassant les 6,4 millions de voix de la dernière présidentielles. Il renforce son implantation locale avec l’élection de plusieurs centaines de conseillers régionaux (46 sièges FN sur 169 pour le Grand Est). 

Si en Alsace-Champagne-Ardennes-Lorraine, Florian Philippot recueille un pourcentage à peine supérieur au 2nd tour (36,08% contre 36,07%), le FN progresse toutefois de 150.000 voix ! Nouvelle preuve que l’on ne peut plus analyser le vote FN comme un simple vote de contestation, de mise en garde du gouvernement en place. Il y a bien une adhésion aux thèses du FN.

Le vote FN n’est pas uniformément réparti dans les départements du Grand Est, mais atteint partout un niveau très inquiétant. Il s’échelonne de 33,77% en Meurthe-et-Moselle à 42,28% en Haute-Marne.

Au premier comme au second tour, la Meuse, la Haute-Marne et l’Aube place le FN au-delà des 40%. Le FN s’enracine dans ces départements en proie à des difficultés économiques et à une désertification rurale,  composés d’une population vieillissante, exposée au déclassement. Notons que c’est à Brachay, village de Haute-Marne que le FN recueille son meilleur score national avec 87% des voix.  Il faut dire que Marine Le Pen a choisi ce village d'une 60aine d'habitantEs comme symbole de ce qu'elle appelle « La France des oubliés », elle y avait fait notamment son discours de rentrée le 29 août dernier.  Si le FN a fait un travail de proximité payant dans les petits et très petits villages (parfois la seule affiche sur les panneaux électoraux était celle du candidat FN), il arrive aussi en 1ère position à Saint-Dizier (avec 43,37%).

Les Ardennes, terre ouvrière, suit de peu en attribuant 38,80% au FN. Le parti d'extrême-droite semble s'implanter durablement dans la Vallée de la Meuse. Même Nouzonville, bastion historique de la gauche, accorde 39% au FN.

Si la Marne résiste mieux (37,2%), le FN progresse de plus de 14.500 voix entre les 2 tours. Il arrive en tête dans 3 villes : Mourmelon-le-Grand (51,71%), Fismes (45,64%) et Vitry-le-François (41,12%) et culmine à 51,18% dans le canton de Sermaize-les-Bains. 
Les grandes villes de la Marne, Châlons-en-Champagne (32,62%), Epernay (32,73%), Reims (29,37%) et son agglomération, résistent mieux au FN. Malgré tout, il y a des disparités révélatrices au sein même de ces villes. A Reims, le centre-ville s’est tourné majoritairement vers la droite au détriment de l’extrême-droite. Parallèlement on constate des pics de votes frontistes dans les quartiers populaires d’Orgeval, Europe, Chemin-Vert, Neuvillette, Croix-Rouge, Châtillons ou encore Maison Blanche. Si le monde rural a moins bien résisté que les villes, le vignoble que l’on disait acquis au FN, mérite une analyse plus fine. Il est tacheté de pics au-dessus de 40% mais certaines communes sont en-dessous de la moyenne départementale.

Le pourcentage de votes FN est fort chez nos voisinEs axonaiSEs (46,24 %), mais l'analyse est similaire. Dans l'Aisne, on distingue de la même manière « un vote des villes et un vote des champs ». Petite lueur d’espoir :  les habitantEs de Villers-Cotterêts (ville gérée par le maire frontiste Franck Briffaut depuis mars 2014) n'ont pas renouvelé  au 2nd tour leur confiance au FN, qui rétrograde en seconde position.

 

Et Maintenant ?

Il faut agir maintenant sans attendre les prochaines échéances électorales. Qu'importe que Le Pen reste sur le trottoir de l'Elysée en 2017, si ses idées y ont pénétré et sont mises en œuvre par des politiques de droite ou de gauche.

La réponse électoraliste ne peut être suffisante. Le barrage électoral républicain n'a jamais réussi à enrayer la progression du FN, ni dans les urnes, ni dans les têtes. Les partis qui composent ce barrage n'ont pas pu, ni voulu, empêcher les crises multiples du système. Avec les difficultés des mouvements sociaux à imposer leurs revendications, le FN a bénéficié de la colère et du dés-abus populaire. Le FN progresse lorsque les mouvements sociaux échouent. Mais la réciproque est vraie. La mise à distance réelle du Front National passera par la reprise des luttes sociales.

Nous continuerons d'informer et dénoncer les thèses et pratiques de l'extrême-droite et ne participerons d'aucune manière à sa banalisation. Ses scores, son relooking sémantique ne légitimeront jamais son idéologie de haine, nous réaffirmons que le FN n'est pas un parti comme les autres. Mais nous réaffirmons aussi qu'il ne faut pas s'arrêter à ce combat idéologique. Il faut s'attaquer parallèlement au terreau sur lequel l'extrême-droite prospère : une société génératrice d'exclusion, un climat de peur entretenu, le chômage et la précarité qui déchirent le tissu social,  la perte de repères, l'effritement du monde associatif et syndical... Pour combattre le FN, il faut défendre les projets de société au service de la liberté, de l'égalité, de la justice sociale et climatique.

Concrètement, nous pouvons touTes agir à notre échelle que ce soit dans notre quotidien (en échangeant avec nos voisinEs, en participant à la vie de notre quartier...), au travail, en descendant dans la rue, en soutenant des projets, en rejoignant une association, un syndicat...  
Et pour celles et ceux qui ne voient toujours pas comment participer, aller faire un tour sur notre site Internet (www.clareims.canalblog.com) ou mieux venez en discuter avec nous, nous avons plein de projets en cours.